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Bande démo de comédien : contenu, montage et droits sur les extraits

Avec la photo et le CV, la bande démo est le troisième document qu'un comédien envoie à un agent, à un directeur de casting ou à une commission du film. Quelques minutes d'images doivent donner envie d'en voir plus. C'est un outil de travail, pas un film : il se juge en quelques secondes, et il réunit souvent des extraits d'œuvres qui ne vous appartiennent pas. D'où deux questions à traiter ensemble : que montrer, et qu'a-t-on le droit de montrer.
Une bonne bande démo est courte, récente et centrée sur vous : votre visage dès les premières secondes, des scènes où vous parlez, pas de longs plans d'ensemble. Les extraits de films ou de séries appartiennent à leurs producteurs et auteurs, et vos partenaires de jeu ont des droits sur leur image et leur interprétation : demandez une autorisation écrite avant de diffuser. Un prestataire sérieux vous vend un montage, jamais une promesse de rôle.
À quoi sert une bande démo
Un directeur de casting reçoit beaucoup de propositions pour peu de rôles. La bande démo lui permet de vérifier rapidement ce que la photo ne dit pas : la voix, la diction, la présence à l'image, la manière d'écouter un partenaire, le registre (comédie, drame, rôles physiques). Elle ne remplace pas l'essai : elle sert à être convoqué à l'essai. Les agents artistiques, dont nous détaillons les règles dans notre article sur l'agent artistique et le code du travail, l'utilisent de la même façon pour présenter les artistes qu'ils représentent.
Il faut la distinguer de l'essai filmé à distance, ou « self-tape », réalisé pour un rôle précis à partir de scènes fournies par la production. La self-tape répond à une demande ; la bande démo, elle, circule sans demande préalable et doit donc fonctionner seule.
Ce qu'elle doit montrer
- Vous, tout de suite. Les premières secondes décident souvent du reste. Ouvrez sur un plan où l'on vous voit nettement et où l'on vous entend. Un générique, un logo ou un montage d'ambiance en ouverture font perdre ce temps précieux.
- Des scènes plutôt que des plans. Un échange de quelques répliques montre le jeu ; une succession de plans muets montés sur de la musique ne montre qu'une silhouette.
- Votre registre réel. Mieux vaut deux scènes justes dans l'emploi qu'on peut vous confier que six registres survolés. Si vous jouez en plusieurs langues, une scène dans chacune est utile.
- Des images récentes. Votre apparence doit correspondre à celle du jour du casting. Une démo dont les meilleures scènes datent de plusieurs années trompe l'interlocuteur et vous dessert.
- Un son propre. Une scène où l'on vous entend mal est à écarter, même si elle est belle.
- Vos coordonnées. Nom, et contact de votre agent s'il y en a un, en fin de vidéo et dans le texte qui accompagne le lien.
Pour la durée, les usages varient selon les métiers et les interlocuteurs ; ce qui ne varie pas, c'est qu'une démo trop longue est rarement regardée jusqu'au bout. Préparez éventuellement une version courte et des extraits séparés par registre.
Monter ses extraits
- Rassembler les sources : demandez les fichiers à la production ou au réalisateur plutôt que de filmer un écran ou de récupérer une version compressée en ligne. La qualité d'image compte.
- Couper serré : gardez le contexte minimal pour comprendre la scène, puis vos répliques et vos réactions. Coupez les plans où vous n'apparaissez pas, sauf s'ils sont nécessaires à la compréhension.
- Ordonner : la meilleure scène en premier, puis alterner les registres.
- Harmoniser le son : niveaux homogènes d'un extrait à l'autre, pas de musique ajoutée par-dessus les dialogues.
- Faire relire : un œil extérieur, un professeur ou un agent, voit ce que vous ne voyez plus.
Les extraits ne vous appartiennent pas
C'est le point le plus souvent négligé. Un extrait de film, de série ou de captation de spectacle est une partie d'une œuvre protégée par le code de la propriété intellectuelle. L'œuvre audiovisuelle a notamment pour coauteurs le scénariste, l'auteur de l'adaptation et des dialogues, le compositeur de la musique écrite pour elle et le réalisateur (article L113-7), qui cèdent en principe leurs droits d'exploitation au producteur par contrat. Vos partenaires de jeu, eux, sont protégés par leurs droits d'artistes-interprètes : l'article L212-3 soumet à leur autorisation écrite la reproduction et la communication au public de leur prestation. Nous détaillons ces règles dans notre article sur les droits voisins des artistes-interprètes.
Il ne faut pas compter sur l'exception de courte citation : le code la réserve aux citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information de l'œuvre qui les incorpore, et une bande démo, outil de promotion personnelle, n'entre pas clairement dans ce cadre. En pratique, beaucoup de productions acceptent qu'un interprète utilise ses scènes pour se présenter, mais c'est une autorisation à obtenir, pas un droit acquis.
- Demandez par écrit à la production l'autorisation d'utiliser vos scènes pour votre promotion, en précisant où la démo sera diffusée.
- Pensez-y à la signature du contrat : une clause permettant d'utiliser des extraits pour votre promotion personnelle, après la sortie de l'œuvre, peut se négocier.
- Respectez la confidentialité : ne diffusez rien d'une œuvre non encore sortie sans accord exprès. Beaucoup de contrats le prévoient.
- Ménagez vos partenaires : préférez les plans centrés sur vous et, si un partenaire est très présent, prévenez-le.
Tourner des scènes exprès
Quand on débute, on n'a souvent pas d'extraits. Tourner des scènes pour sa démo est alors courant, seul ou avec des professionnels. Quelques règles évitent les mauvaises surprises :
- Le texte : jouer une scène d'une pièce ou d'un film encore protégé et la diffuser en ligne suppose l'autorisation de l'auteur ou de ses ayants droit, souvent représentés par une société d'auteurs comme la SACD. Les textes tombés dans le domaine public ou écrits pour vous évitent la question.
- La musique : une musique protégée ajoutée au montage relève aussi d'une autorisation. Le plus simple est de s'en passer.
- Le partenaire : son image et son interprétation lui appartiennent ; un accord écrit sur la diffusion protège tout le monde. Les règles sont résumées dans notre article sur le droit à l'image des comédiens.
- Le prestataire : des sociétés et des techniciens proposent de tourner et de monter des démos. C'est un service légitime, à condition qu'il s'agisse d'une prestation technique au prix annoncé. Méfiez-vous d'une offre présentée comme une condition pour être « vu » par des agences ou des castings : c'est l'un des signaux d'alerte décrits dans notre article sur les arnaques aux castings.
Diffuser et tenir à jour
La démo se partage le plus souvent par un lien vers une plateforme vidéo, dans le courriel, sur le CV et sur les fiches des annuaires professionnels. Un lien non répertorié ou protégé limite la circulation des extraits au-delà de ce qu'autorisent les productions. Vérifiez régulièrement que le lien fonctionne, que la vidéo se lit sur un téléphone et que le titre comporte votre nom. Enfin, une démo se refait : à chaque nouveau rôle marquant, retirez la scène la plus faible.
Sources
- Code de la propriété intellectuelle, articles L113-7 (coauteurs de l'œuvre audiovisuelle), L122-5 (exceptions, dont la courte citation), L132-24 (contrat de production audiovisuelle) et L212-3 (autorisation de l'artiste-interprète), Légifrance.
- Code du travail, articles L7121-9 et suivants (agents artistiques), Légifrance.
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